L’érotomanie : plus qu'une passion dévorante

Vous avez peut-être un jour croisé une érotomane sans même vous en rendre compte, puisque cette pathologie amoureuse passe généralement pour une forme de passion dévorante. Ce trouble, qui touche en grande majorité les femmes, est une véritable souffrance pour celles qui en sont victimes. Voici quelques explications sur les symptômes et les causes de cette maladie qui a inspiré le scénario du film A la folie.. Pas du tout avec Audrey Tautou et Samuel Le Bihan.

Ce que l'on sait de l'érotomanie

Comment se manifeste l’érotomanie ?
Très peu connue, l’érotomanie présente des symptômes parfois difficiles à repérer puisqu’ils ressemblent beaucoup à ce qu’on appelle communément « la maladie d’amour ». Les femmes qui en sont atteintes se persuadent en effet d’aimer une personne et d’en être aimées en retour alors que cette dernière ne partage pas ce sentiment. Pire encore, l’objet de leur amour est parfois une personne qu’elles admirent comme une célébrité, qui n’a de son côté aucune conscience de l’existence de leur admiratrice secrète.
Pourtant, du côté de la patiente qui souffre de cette psychopathologie, le sentiment de vivre une relation intime forte avec la personne convoitée devient de plus en plus présent, malgré les refus ou le désintérêt total de celle-ci à leur égard. Une telle situation peut donc conduire dans certains cas extrêmes à des formes de violence ou d’agressivité.
Le schéma généralement suivi par les érotomanes commence par une phase d’espoir, puis un dépit, suivi du sentiment de rancune qui peut mener à l’agression. Bien entendu, les formes d’érotomanie menant à une telle extrémité sont très rares. Ce trouble peut cependant s’avérer bien plus dangereux pour celles qui en souffrent avec des idées noires très fréquentes et parfois des passages à l’acte.


Les mécanismes de l’érotomanie :
L’érotomanie est un trouble reconnu depuis peu par la communauté scientifique, puisqu’il n'a été étudié qu'à partir du XXème siècle. Au départ, on considérait qu’il s’agissait simplement d’une illusion délirante d’être aimée d’une personne. Aujourd’hui, les études s’étant multipliées, cette pathologie est classifiée de manière bien plus complexe par les psychiatres.
L’érotomanie est donc en réalité une forme de délire paranoïaque typiquement féminine. La patiente ressent dans ce cas un désir si fort qu’elle ne vît plus que dans l’attente de l’autre. Elle considère d’ailleurs généralement que c’est l’être aimé qui est à l’origine de ses sentiments.  On constate également que l’érotomanie est souvent orientée vers des personnes considérées comme supérieures que ce soit sur le plan physique ou intellectuel. Interrogées à ce propos, les érotomanes ont souvent tendance à expliquer que c’est l’autre qui est tombé amoureux le premier mais qu’il doit tenir cet amour secret. Cette explication permet d’interpréter chaque geste ou parole de l’individu aimé comme un signe.
La gravité des troubles liés à l’érotomanie vient aussi du fait que ces derniers durent dans le temps. La patiente vit donc en permanence avec la conviction de vivre une relation amoureuse cachée, sans aucun moment de réelle lucidité. On peut donc souffrir de ce problème pendant des années, voire une vie entière.


Les causes et traitements de l’érotomanie :
Si les chercheurs qui ont travaillé sur cette pathologie mentale en comprennent aujourd’hui le fonctionnement, ses causes n’ont pas encore pu être mises en évidence et nous devons nous contenter aujourd’hui de simples hypothèses.
Certains arguent que, comme cette pathologie touche une majorité de femmes, elle pourrait provenir d’un manque affectif du père durant l’enfance, mais d’autres contrent cet argument en expliquant que les traits de caractère recherchés chez l’objet du désir sont souvent féminins, ce qui reporterait la carence du côté maternel. En résumé, les causes réelles de l’érotomanie restent un mystère.
En ce qui concerne le traitement de ce trouble, la prise en charge est souvent tardive, puisque la pathologie n’est repérée qu’à un stade avancé avec une hospitalisation visant avant tout à éviter une certaine prise de risque. Repérée plus tôt, l’érotomanie peut cependant être traitée par le biais d’une psychothérapie, même si les cas de « transfert » du désir vers le thérapeute sont extrêmement fréquents.  C’est la raison pour laquelle les entretiens se font souvent en présence d’une tierce personne, afin d’éviter les relations en tête à tête pouvant être mal interprétées par la personne malade.
On note que des traitements à base de médicaments antipsychotiques ou de neuroleptiques sont souvent prescrits, même s’ils ne permettent de contrôler le délire que momentanément sans en supprimer la cause.

R.W.

Photos: FOTOLIA

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